Silence

L’heure avance

la nuit s’empare

de mes errances

de mes silences

me dorlote

me dévore

et son haleine caresse

mes humeurs ma carcasse

 

L’heure avance

quand les corps lourds

d’amour

s’offre à Éros vorace

qui s’acharne sans scrupule

sur les nuits sans présence

 

L’heure avance

et tu dormais

et l’aube peine à poindre

dans les effluves tièdes de la vacuité

la flèche du jour bientôt s’élance

surprend l’âtre assoupi

pour de longues heures de partages

loin des rétives heures de patience

et du vertige infini

 

Par la fenêtre je distingue à peine

l’amandier  brusqué par la saison précoce

débuchant ses pistils Mais

l’heure avance

et tu dormais

 © Makhlouf BOUGHAREB

Vacuité

J’ai souvenir

de moments incertains ombragés et chenus

oublieux bondissant des crasseux gravats

comme des si imprévus

fuyant des guitares qui boudent

chues entre des bras épuisés et nus

tels des troncs d’arbres noueux dans la tragédie

J’ai souvenir de vaines tentatives osées, impromptues

d’atteindre l’étoile

avec cet espoir têtu de parler aux vivants

J’ai souvenir

et ils me viennent souvent comme revient la marée

des moments incertains oublieux et troublants

submerger mon silence et ma quiétude d’enfant

se surprendre dans l’atmosphère de mort

avec quelques rares rires qui grêlent

car le sourire a disparu dans les gemmes

et la houle récurrente

inlassable infatigable comme les vagues millénaires

qui assiégent la mousse

 

Aujourd’hui

Ni les rues désertes

Ni les iconoclastes

Chasseurs de tourbillons

Ni les vaillantes lunes

Veillant les fiers gardiens

Augurant des aubes glauques

Ni les doigts crochus résignés

Accrochés aux pans du ciel

Dans les jours qui se raidissent

Ni même l’évanescence des sourires

Et des vains départs qui récidivent

Invités par d’impromptus naufrages

Car tout se trace désormais

En déchirures en zébrures

elisabeth-diaz-la-chaise-vide.jpg

Et je m’en veux de n’être pas

 

Makhlouf BOUGHAREB

L’arc-en-ciel

J’ai offert  aux nues

mes paroles de vent

Aux orages de la terre

ma  poitrine d’amant

Aux montagnes indomptées

mon souffle errant

Et à la déconvenue

la hargne des manants

Vous

vous êtes mon souffle

vous êtes ma source

mon limon

mes paroles d’ocre

sur mes pas d’encre

Ma nuit s’éclaire

et  scintille de mille lucioles

quand je risque des mots lutins

dans ce cœur

haut en couleurs

Vous

vous êtes mon chant

mon pas de danse

mes paroles d’orge

qui effraient les ogres

guettant les mutins

quand s’égaient les matins

et le bonheur naissant

De pierre et d ‘eau

mon aquarelle s’anime

dans l’ire incandescente des vagues

puis vint ce corps si preste

et tel le zéphyr

libère son zeste

pour m’éblouir

Vous

vous  êtes ma moelle

mes fibres et ma laine

mes plaines et ma rocaille

qui abritent mes démons

et mes anges qui démusellent

quand le temps fouaille

de mots et de fringale

Un arc-en-ciel

ennoblit le ciel.

C’était toi

les voila

Nous avons refusé d’elles
la parole nubile
la main caressante
et l’étrange sourire qui invite          

A présent
les voila sans voix
sans bras
emmurées dans la durée
la bouche rivée
ravalant les dires
qui les nomment
à peine

Les voila sans regard
sans nez sans joue
accroupies dans la pénombre
courtisanes serviles
rasant leurs murs familiers
sans râler

nous chantons volontiers
les lendemains de fêtes
qui déchantent
avec nos voix rauques
de coupe-gorge

les voila
les voleuses de rêves
dans les rivières dévoreuses
en route comme d’autres anonymes
silhouettes informes
à peine volutes
fugitives attentes
qui n’attendent plus rien
de l’écrasant néant
qui les dévore

nos humeurs calleuses
sourdent dans la vacuité

Nul écho ne vient les contredire
dans les citadelles du vio
l

Je n écris pas je grave

Je n’écris pas.
Je grave sur le fronton de mes colères
le déni de tout ce qui me fait
Au grand dam
de mes détracteurs …

je grave mon amour à mon souffle
qui appelle à la vie

Je n’écris pas

Je grave le silence des innocents
le chahut des cancres

la sagesse  des séditieux

et des rêves qu’on porte à bras le corps

éternellement

Ecrire ma trouvaille

tatouer la fibule

dessiner sur ta peau
l’ormeau
qui soutient
mon vouloir
bourgeonnant
aux  couleurs de l’ire

et aux senteurs épicées de tes aisselles

chant d ‘eau

étripe la seconde

guettant le galet

et

l’eau rieuse

qui t’éternise

pauvre de toi

étrangle l’heure

et

le galet

que la mer ensable

alors

émergera le chant

qui étrique le vent

quand les caïds

canardent

les lièvres

toujours

qui courent

paroles de vivant

des paroles
de vent
disant
mots
de gisant
parlant
à notre passage

courre
la brise
sur les brûlis
attise
achève
d’éparpiller
les cendres

et nos dires
s’élèvent
à la faveur
des écailles
du vent
semant
a tout vent
nos paroles de vivants